Habitat intermédiaire : quelles solutions pour vivre chez soi autrement ?
Résidences autonomie, habitat inclusif, béguinages… Face au vieillissement de la population et aux besoins des personnes en situation de handicap, les formes d’habitat intermédiaire cherchent à proposer des solutions entre le logement individuel classique et la vie en établissement. La CNSA vient de lancer un appel pour accompagner cinq départements dans le développement de cette offre.
Habiter autrement : de quoi parle-t-on ?
Vieillir chez soi, conserver son indépendance, vivre dans un logement adapté ou partager des espaces communs sans renoncer à son intimité : ces aspirations occupent une place croissante dans les réflexions sur l’autonomie.
Pourtant, rester dans son logement peut devenir difficile lorsque celui-ci n’est plus adapté, que les déplacements se compliquent ou que l’isolement s’installe. À l’inverse, un établissement collectif ne correspond pas nécessairement au projet de vie de toutes les personnes concernées.
L’habitat intermédiaire regroupe différentes solutions de logement situées entre le domicile traditionnel et l’hébergement en établissement médico-social. Il peut associer des logements privatifs, des espaces communs, des services et, selon les dispositifs, des possibilités d’accompagnement ou de vie sociale partagée.
Il ne s’agit toutefois pas d’une formule unique. Les caractéristiques, le fonctionnement et les coûts peuvent varier considérablement d’un modèle à l’autre.
Quelles sont les principales formes d’habitat intermédiaire ?
Plusieurs solutions existent déjà en France. Elles répondent à des besoins différents et ne proposent pas toutes le même niveau de services.
Les résidences autonomie
Principalement destinées aux personnes âgées, les résidences autonomie proposent des logements privatifs dans un cadre collectif. Des espaces communs et des activités peuvent favoriser les échanges et prévenir l’isolement.
Elles s’adressent notamment à des personnes qui souhaitent conserver leur indépendance tout en bénéficiant d’un environnement adapté et de services collectifs.
L’habitat inclusif
L’habitat inclusif s’adresse aux personnes âgées et aux personnes en situation de handicap qui souhaitent disposer de leur propre espace de vie tout en partageant des moments avec d’autres habitants.
Les logements peuvent être individuels, regroupés dans un même bâtiment ou organisés sous forme de colocation. Un projet de vie sociale et partagée est construit avec les habitants.
L’accompagnement individuel reste distinct de l’animation de la vie collective : les habitants peuvent solliciter les services dont ils ont besoin en fonction de leur situation.
Les béguinages et l’habitat intergénérationnel
D’autres formes d’habitat reposent sur la proximité entre voisins, l’entraide ou le partage entre générations.
Les béguinages proposent généralement des logements regroupés autour d’espaces communs. L’habitat intergénérationnel favorise, quant à lui, la cohabitation ou les échanges entre personnes d’âges différents.
Leur fonctionnement dépend des projets : les services proposés, les espaces partagés et les engagements des habitants ne sont pas identiques partout.
Ces différentes solutions ont un objectif commun : permettre de choisir son lieu de vie en tenant compte de ses besoins, de ses envies et de son niveau d’autonomie.
Pour en savoir plus : Mon Parcours Handicap, comprendre l’habitat intermédiaire.
Une offre à développer face au vieillissement de la population
Le développement de ces solutions constitue désormais un enjeu de politique publique.
Selon la CNSA, le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie pourrait atteindre près de 2,8 millions en 2050, soit environ 700 000 personnes supplémentaires par rapport à 2021. Pour répondre à cette évolution, un quasi-doublement de l’offre d’habitat intermédiaire serait nécessaire dès 2040.
Derrière ces projections se pose une question concrète : comment proposer suffisamment de logements accessibles, financièrement abordables et adaptés à des besoins très différents ?
La construction de logements ne suffit pas à elle seule. Il faut également anticiper les besoins locaux, identifier les bâtiments à rénover, mobiliser les bailleurs et les collectivités, organiser les services nécessaires et prévoir les financements.
L’accessibilité mérite une attention particulière. Un logement peut être neuf ou rénové sans être réellement adapté à une personne utilisant un fauteuil roulant, ayant des difficultés à se déplacer ou présentant une déficience sensorielle. L’aménagement des salles d’eau, les circulations, les ascenseurs, l’éclairage et les équipements doivent être pensés en fonction des usages.
Cinq départements pilotes accompagnés par la CNSA
Le 7 octobre 2026, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) a lancé, en partenariat avec la Caisse des Dépôts, l’appel à manifestation d’intérêt « Mobilisation pour l’habitat intermédiaire ».
L’objectif est de sélectionner cinq conseils départementaux pour les accompagner pendant 18 mois dans la définition et la mise en œuvre d’une stratégie territoriale.
Chaque département retenu pourra bénéficier d’une enveloppe maximale de 1,5 million d’euros, répartie entre deux volets :
- Jusqu’à 200 000 euros pour les études, le diagnostic territorial et la conduite du projet ;
- Jusqu’à 1,3 million d’euros pour les investissements liés à la création ou à la restructuration de solutions d’habitat intermédiaire.
L’accompagnement doit notamment permettre de recenser l’offre existante, d’identifier les besoins actuels et futurs, de repérer les projets réalisables et de préparer leur financement.
Les départements intéressés ont jusqu’au 16 novembre 2026 pour déposer leur candidature auprès de la CNSA.
Il ne s’agit donc pas simplement de financer quelques logements supplémentaires. La démarche vise aussi à aider les territoires à organiser leur développement sur la durée et à partager les méthodes qui auront fait leurs preuves.
Source : CNSA, appel à manifestation d’intérêt « Mobilisation pour l’habitat intermédiaire ».
Quels enjeux pour les personnes concernées ?
Le développement de l’habitat intermédiaire ouvre des perspectives, mais il soulève aussi plusieurs questions essentielles.
L’accessibilité réelle des logements. Les aménagements doivent répondre aux besoins des habitants, y compris lorsque leur autonomie évolue. Il faut considérer les accès, les circulations, les équipements sanitaires, les espaces communs et les abords du bâtiment.
Le coût du logement et des services. Un logement adapté n’est pas nécessairement accessible financièrement. Le loyer, les charges et les services complémentaires peuvent représenter un obstacle. Les aides mobilisables et leur articulation doivent donc être examinées au cas par cas.
La continuité de l’accompagnement. Vivre dans un habitat intermédiaire ne signifie pas automatiquement bénéficier d’une présence permanente ou de soins sur place. Les interventions à domicile, l’accompagnement médico-social et les solutions de sécurité doivent être organisés en fonction des besoins.
Le respect des choix individuels. La vie collective peut favoriser les rencontres, mais elle ne doit pas devenir une obligation incompatible avec les souhaits des habitants. L’intimité, la liberté de choix et la participation aux décisions doivent rester centrales.
La proximité des services. Les transports, les commerces, les professionnels de santé et les activités sociales contribuent à rendre un logement réellement vivable. Ces éléments sont particulièrement importants dans les territoires ruraux ou peu desservis.
Ces questions rappellent qu’un projet d’habitat ne se mesure pas uniquement au nombre de logements créés. Il doit aussi être évalué à partir de la qualité de vie qu’il permet aux habitants.
Et dans les Hauts-de-France ?
L’appel à manifestation d’intérêt de la CNSA constitue une occasion de s’interroger sur les besoins régionaux et sur les projets déjà engagés.
Quels départements des Hauts-de-France envisagent de candidater ? Où se situent les besoins les plus importants ? Quels projets d’habitat inclusif ou de résidences autonomie sont déjà développés ? Et quelles difficultés rencontrent les porteurs de projets pour proposer des logements accessibles et financièrement abordables ?
Ces questions nécessitent un travail de terrain auprès des conseils départementaux, des bailleurs sociaux, des associations et des personnes concernées.
Hacavie suivra cette actualité afin de mieux comprendre les initiatives locales et les conditions nécessaires pour que ces formes d’habitat répondent réellement aux attentes des personnes âgées et des personnes en situation de handicap.
En conclusion
L’habitat intermédiaire peut contribuer à diversifier les solutions de logement et à préserver l’autonomie. Mais son développement ne repose pas uniquement sur la construction ou la rénovation de bâtiments : il dépend aussi de l’accessibilité, du coût, de l’organisation des services et de la place accordée aux choix des habitants.
L’accompagnement de cinq départements par la CNSA permettra d’observer comment une stratégie territoriale peut favoriser le développement de cette offre. Le suivi des projets retenus sera essentiel pour apprécier les résultats obtenus et identifier les solutions susceptibles d’être reproduites ailleurs.

